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Le petit plus de La Nonyme
                               La Nonyme 4 mars 2021
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Vous ne vous en souvenez sans doute plus mais je possède un point commun avec Arthur : mon fort tropisme pour la sémantique.
Je pense de plus en plus que l’une des voies possibles pour se sortir du merdier dans lequel nous sommes enlisés est le retour au bon sens.
Mais mettons les choses au clair de suite :  je considère deux principes comme acquis.
D’abord celui que nos politiques ont la volonté de nous sortir du merdier ; ensuite, que nous apprenons de nos erreurs ; et enfin, que les décideurs croient – j’allais dire comprennent – ce qu’ils disent.
Ces prérequis posés, je vais pouvoir dérouler mon mode de pensées en prenant pour exemple l’actualité.
Depuis des mois, les journaux télévisés agitent l’épouvantail de la « loi sur le séparatisme ».
Les experts s’enchainent pour nous dire qu’elle va entrainer je ne sais quels outrages et des débats violents !
Les « réseaux sociaux » s’enflamment et la décision, grandissime, est prise d’en changer l’intitulé.
Désormais, le législateur discutera au sujet du projet « de loi confortant le respect des principes de la République ».
Ce ne sont que des mots mais ça change tout !
Nous apprendrons bientôt qu’elle sera adoptée avec pour seul inconnu si Les Républicains voteront contre ou s’abstiendront !
Ne sentez-vous pas l’odeur âcre du consensus superficiel, du statu quo prémédité ?
Ne gardent-ils pas leurs forces pour de futurs débats bien plus intéressants, surtout pour eux : ceux de la campagne présidentielle ?
Mais, vous avez raison, le sujet n’est pas là ... La sémantique donc !..
Revenons d’abord sur le mot qui a fait scandale ; « séparatisme » !
Alors, que nos enfants se rassurent, il ne s’agit pas d’un gros mot et il fait partie du vocabulaire de la langue française.
Prenons-en la définition d’un dictionnaire au hasard :
« Séparatisme » : nom masculin tiré de l’anglais (separatism) – attitude, tendance à sortir d’un ensemble national et à former une entité politique distincte de l’Etat d’origine.
S’agissant de la transcription en Français d’un vocable étranger, il se définit donc comme un néologisme validé par les linguistes.
Il est donc la preuve que la langue nationale est une langue VIVANTE.  Ça n’apporte rien mais ça fait plaisir !
Je ne sais pas vous mais je trouve la définition très proche de ce que devrait contenir la loi non ? Il aurait peut-être suffit d’ajouter le « s » du pluriel : il y a DES séparatismes plutôt qu’un. Oui mais voilà : accepter ce concept reviendrait, pour les politiques de tous bords, à prendre le risque de l’inconnu et de la découverte d’idéologies séparatistes insoupçonnés. Et prendre le risque de bien faire n’est pas ce qui caractérise la politique française !
Il a donc été décidé de changer l’intitulé du projet de loi pour le rendre consensuel quitte à reconnaître tacitement que l’opposition avait raison et que la loi ne visait que « l’islamisme radical ». Don’t act. Pour utiliser une expression chère à nos amis britanniques qui viennent, les malheureux, de « sortir d’un ensemble pour former une entité distincte » : séparatisme, pas séparatisme, chacun choisira son camp.
Les autorités françaises, nous l’avons vu, semblent partagée.
Les uns – qui étaient appelés il n’y a pas si longtemps « les godillots » - voteront comme une seule « entité » (pour reprendre un vocable à la mode) pour son adoption quels que soient son intitulé : « Jacques a dit … plus d’entourloupe ! ».
Sans défection, leur nombre suffira alors pourquoi débattre ?
Les autres, c’est-à-dire les franges extrêmes de chaque côté du mastodonte claudiquant LREM, hésitent encore : « vais-je voter non et marquer mon opposition « au respect des principes de la République » ou m’abstenir puisque, au final, il ne s’agit pas vraiment d’un débat de société dans lequel je dois prendre parti ! » Et puis « si je vote non, tout le monde va croire que je pense comme ceux d’en face alors que, vraiment, je ne suis pas comme eux… ah !!! J’hésite encore ». J’ai entendu courage politique ?
Je suis satisfait car je ne suis pas le seul à parler sémantique.
Un ancien membre du gouvernement élève le débat et affirme qu’il est important de faire une distinction sémantique et contextuelle entre séparatisme et communautarisme. Intéressant !
Ça veut donc dire que les médecins de la France en sont encore à nous expliquer la différence d’action entre le virus et son variant même si les deux sont mortels et que nous cherchons déjà le meilleur remède.
Et je vous passe une des phrases qui se veut « éclaircir le débat en posant des bases solides » :
« Le séparatisme : une forme de communautarisme qui considère que la loi religieuse s’impose aux lois de la République. »
Pas sûr que je comprenne mieux. Pas sûr non plus d’être d’accord avec cette définition.
Je me suis donc enfoncé un peu plus dans les fils collants de la toile … et je suis tombé sur une tribune écrite par un professeur agrégé de Lettres, Sylvain Koeberlé qui m’a ouvert des perspectives de réflexion. Il y parle de communautarisme et de séparatisme, de « vivre ensemble » et de religion. (Extraits choisis) :
« En effet le choix de ce lieu (il revient sur le discours présidentiel à Bourtzwiller qui est une cité dans laquelle vivent beaucoup de personnes musulmanes) pourrait laisser entendre que le communautarisme ou séparatisme serait le seul fait de l’islamisme. »
« Communautariste, la moribonde « gauche caviar » ; communautaristes les bobos de la capitale ou d’ailleurs »
« (…) qu’est-ce que le communautarisme ? Sa substance, c’est le grégarisme, stratégie qui rend fort (…) qui entraine une démission de la pensée individuelle au profit d’une obéissance aveugle à un modèle (…) »
« Le repli communautaire nous fait passer de l’intériorité à l’extériorité, d’un discours nuancé empreint de scepticisme à une pensée unique ou une morale binaire. »
Et de revenir sur le rôle de l’école qui devrait « avant que nous luttions contre les communautarismes » ne « pas viser simplement la reproduction des élites ».
Pour terminer mon exploration sémantique et pour tenter de savoir si j’ai enfin «tout compris» à l’objectif de ce projet de loi, j’ai été cherché une définition du communautarisme :
«Toute conception faisant prévaloir l’organisation de la société en communautés sur l’exigence d’assimilation des individus selon des règles, et un modèle, équivalents pour tous. »
Du coup, lutter contre les communautarismes ne reviendrait-il pas à « conforter le respect des principes de la République » ? Liberté… EGALITE …Fraternité.
Si le contenu du projet de loi se voulait protecteur « pour tous » il devrait donc s’appeler « projet de loi contre les communautarismes ».
Le bon sens, ce dont je parlais dans mon incipit, aurait voulu que le législateur se penche sur ce qui existe déjà – la Constitution ? – l’analyse, le fasse respecter lorsqu’une atteinte est signalée et corriger les défauts constatés.
Mais surtout, il faudrait que l’égalité ne soit plus un concept mais une réalité.
Sortir de l’entre soi hermétique à la moindre voix dissonante serait un début… tout petit mais tellement compatible avec le « monde d’après » que nous a vanté notre Président. 
 
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Tag(s) : #Séparatisme, #Laïcité, #Communautarisme
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